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La déroute de Chirac et de la direction du PS au référendum donne une ouverture pour une lutte de classe ouvrière (2005)

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Le Bolchévik nº 172 juin 2005
La déroute de Chirac et de la direction du PS au référendum donne une ouverture pour une lutte de classe ouvrière
Les Fabius/PCF/LCR pour une nouvelle « gauche plurielle » capitaliste – qui encore une fois attaquera les ouvriers et les immigrés !
Paris, le 10 juin – Avec le « non » massif au référendum du 29 mai sur la « Constitution » européenne c’est le spectre de la classe ouvrière qui vient se projeter sur les plans d’exploitation accrue et d’attaques racistes décuplées concoctés par les bourgeoisies européennes. Les travailleurs français, sous le coup d’attaques redoublées par Raffarin depuis trois ans, ont une nouvelle fois profité de ce qui leur tombait sous la main – le référendum – pour exprimer leur ras-le-bol. C’est ce que les chiffres montrent clairement avec un non massif parmi les travailleurs (79 % chez les ouvriers, 67 % chez les employés) alors que dans les sphères plus aisées de la petite bourgeoisie et dans la bourgeoisie c’est le « oui » qui était massif.
Nous avons sans ambiguïté appelé à voter « non » au référendum. Nous écrivions dans le Bolchévik (mars) :
« Contre cette nouvelle campagne commune PS-Verts-Chirac nous appelons à voter “non”, parce que nous sommes contre l’Europe capitaliste, une alliance autour des principales puissances impérialistes d’Europe pour améliorer leur propre compétitivité face à leurs rivales des USA et du Japon : une telle alliance ne peut se faire que sur le dos de la classe ouvrière multiethnique d’Europe et des peuples asservis par le néocolonialisme. »
La seule manière pour que l’impérialisme français puisse tenir le coup dans un monde dominé par l’impérialisme américain, c’est d’accroître ses propres attaques brutales contre les travailleurs. L’« Europe sociale et démocratique » revendiquée par le PCF et la LCR est un tour de passe-passe de ces réformistes pour faire disparaître le fait qu’ils acceptent l’Europe capitaliste.
A bas l’Union européenne capitaliste !
A partir de là ce qui sur le fond distinguait la campagne pour le « oui » et celle pour le « non » était en partie quelle politique d’alliance pour l’impérialisme français : il est évident que la France, de plus en plus affaiblie internationalement, doit s’appuyer sur un réseau d’alliances européennes pour se faire entendre. Le débat a pris de l’ampleur depuis un an avec l’élargissement de l’Union européenne (UE) à des pays qui, coincés entre l’Allemagne et la Russie, ont tendance à s’aligner en politique extérieure sur les USA et leur valet britannique contre le couple franco-allemand. Là où les Chirac et Hollande-Jospin proposaient la « Constitution européenne », Fabius, lui, expliquait pour le « non » dans une interview à l’Humanité (17 mai) qu’il fallait « lever les restrictions permettant les coopérations renforcées, c’est-à-dire permettre aux pays qui veulent aller plus loin et plus vite ensemble, comme la France et l’Allemagne, de pouvoir le faire. »
Au « non » franco-hollandais s’ajoute la récente déroute électorale des sociaux-démocrates allemands dans le bastion industriel de la Ruhr. Schröder risque fort de laisser la place à l’automne à un gouvernement dominé par les chrétiens-démocrates, qui veulent rééquilibrer leur politique extérieure en direction des USA. Le gouvernement Berlusconi ne tient qu’à un fil. Blair, qui est sorti affaibli des élections britanniques, se retrouve pratiquement l’homme fort de l’Europe pour le moment. C’est une période d’incertitude dans toute l’Europe, et particulièrement d’affaiblissement extérieur pour l’impérialisme français.
Cela ouvre des possibilités de lutte de classe à l’intérieur. Le nouveau gouvernement, avec, pour la première fois sous la Ve République, deux premiers ministres, Galouzeau de Villepin et Sarkozy, est à un record d’impopularité, à peine nommé. Mais il y a un terrain d’entente fondamental entre ces deux hommes qui sont rivaux : prendre un « nouveau départ » dans les attaques anti-ouvrières et accumuler les mesures répressives racistes. Il est clair qu’ils comptent jouer cette carte du racisme pour détourner la colère des ouvriers, et les diviser afin de faire passer des attaques contre l’ensemble des travailleurs. Il est d’autant plus crucial de mobiliser l’ensemble de la classe ouvrière en défense de sa composante la plus vulnérable à la peau foncée.
A ce propos la campagne du « non de gauche » n’a rien auguré de bon. Comme la campagne du « oui », elle se plaçait sur le terrain de comment défendre les intérêts de la France. La campagne pour le « non de gauche » s’est accompagnée d’un pacte de non-agression tacite avec le « non » d’extrême droite (de Villiers) et fasciste (Le Pen). Jamais dans les confrontations télévisées entre les « oui » et les « non » le « non de gauche » n’a attaqué le « non de droite », même sous la pression des « oui ». L’extrême droite se répandait contre la Turquie et les immigrés sur une base raciste et xénophobe. Elle dénonçait les délocalisations sur la même base. Le refus du « non de gauche » de combattre de Villiers et Le Pen légitimait leur racisme et annonce une nouvelle montée électorale de l’extrême droite et des fascistes aux prochaines élections.
Les « non de gauche » assuraient simplement qu’ils étaient pro-européens, voire « internationalistes », tout en multipliant les arguments chauvins contre la subordination de l’UE aux Etats-Unis via l’OTAN. Buffet déclarait par exemple pour le PCF :
« J’ai peur que demain, avec le traité constitutionnel, on place l’Europe sous l’égide des orientations de l’OTAN, qu’on appelle les Etats à augmenter leur budget militaire, comme cela est très précisément écrit dans le traité, au lieu de faire jouer à l’UE un rôle pour le désarmement. Cela nuirait à la voix de la France sur la scène internationale. »
– l’Humanité, 2 mai
Et de même la LCR n’était pas en reste, disant, dans son tract pour le « non » :
« Cette Constitution subordonne l’Europe à l’OTAN. C’est vrai ! Il est précisé que la défense doit être compatible avec la politique arrêtée dans le cadre de l’Otan (article I-41). Or, cette alliance militaire relaie la politique impériale et guerrière des Etats-Unis. »
La chose qui inquiète la LCR c’est que la politique militaire européenne soit subordonnée aux USA au lieu d’être indépendante et de vraiment défendre les intérêts bourgeois franco-européens. Cela rappelle le soutien de la LCR… à Chirac il y a deux ans pour qu’il stoppe la guerre de Bush contre l’Irak (et ce après avoir carrément voté pour lui en 2002). Avec ce soutien à la politique extérieure de Chirac la LCR porte une responsabilité pour le plan Fillon de 2003 contre les retraites, car ce soutien avait contribué à donner à Chirac la popularité et la capacité pour mener à bien l’attaque contre les retraites deux mois après la guerre.
Aujourd’hui la même LCR pleurniche sur les attaques contre les services publics et, maintenant que Chirac a fait une chute vertigineuse dans les sondages, s’agite pour réclamer sa démission. Le seul fil directeur dans la politique de la LCR ces dernières années c’est l’opportunisme français sans plus aucune borne. Et ils comptent aujourd’hui se mettre au service d’une nouvelle alliance de collaboration de classes concoctée par le PCF avec une série de vieux politiciens capitalistes sur le retour comme Chevènement.
Pour l’unité de la classe ouvrière en lutte, pas l’unité derrière les politiciens capitalistes et leurs laquais !
Le « non » français et hollandais porte un coup mortel au « traité constitutionnel », mais l’objectif reste le même pour les bourgeoisies d’Europe, « Constitution » ou pas : elles doivent détruire ce qui reste de l’« Etat-providence », un ensemble de concessions comme la Sécu, les retraites et les services publics, institué pour calmer la combativité ouvrière dans la période qui avait suivi la victoire soviétique de 1945 ; en France la bourgeoisie était à l’époque discréditée par sa collaboration avec les nazis et elle craignait une révolution ouvrière, alors que l’Armée rouge était à Berlin. Nous écrivions dans le dernier numéro du Bolchévik (mars) :
« La bourgeoisie n’a aucune prédisposition à dépenser de l’argent pour améliorer le sort des masses sans qu’elle y soit forcée, et depuis la contre-révolution qui a détruit l’Etat ouvrier dégénéré soviétique en 1991-1992, elle cherche à reprendre ces concessions pour accroître sa compétitivité face à ses rivales. Il faut lutter pied à pied contre ces attaques : tant qu’il y aura le capitalisme, la question de la lutte pour des réformes et la lutte contre leur démantèlement restent en permanence à l’ordre du jour. La tâche d’un parti révolutionnaire est, en partant d’une lutte inlassable pour défendre les droits et les conquêtes sociales des ouvriers et des opprimés, d’amener les travailleurs à comprendre que la prise du pouvoir par une révolution ouvrière est nécessaire. »
La ligne de division fondamentale dans la société capitaliste passe entre la classe des capitalistes et celle des ouvriers. Les capitalistes possèdent les moyens de production – les usines, les mines, les moyens de transport, etc. – et ils tirent leurs profits de l’exploitation des travailleurs. La puissance sociale potentielle des travailleurs réside dans le fait qu’ils ont la main directement sur ces moyens de production, ce sont eux qui les mettent en mouvement, comme l’ont encore montré ces dernières semaines les grèves victorieuses de Citroën-Aulnay et des raffineries Total.
Les intérêts des travailleurs et des capitalistes sont irréconciliables : le salut des capitalistes réside dans l’augmentation des profits, donc dans l’exploitation accrue des ouvriers, alors que le salut des ouvriers réside dans l’émancipation du joug capitaliste. Seule la classe ouvrière a la puissance sociale et l’intérêt objectif pour balayer l’ordre capitaliste et son Etat, s’emparer des moyens de production et établir une économie planifiée et collectivisée, qui fonctionne pour satisfaire au maximum les besoins de la population. Une telle économie à l’échelle mondiale jettera les bases pour éliminer la pénurie, les classes sociales elles-mêmes et toutes les formes de l’oppression.
La puissance sociale révolutionnaire de la classe ouvrière réside dans le fait objectif qu’elle est au cœur de la production capitaliste. Mais cette puissance reste à l’état potentiel car subjectivement la classe ouvrière n’est pas aujourd’hui consciente de sa mission historique de renverser le capitalisme. De plus le niveau de conscience de la classe ouvrière n’est pas statique ; il a régressé avec la contre-révolution en URSS, qui a contribué à démoraliser les travailleurs, soumis à une campagne déchaînée sur la soi-disant « mort du communisme ».
Mais la bourgeoisie a en fait toute une série d’instruments pour convaincre les travailleurs d’accepter leurs chaînes. L’un d’eux, et non des moindres, est la bureaucratie syndicale, qui s’appuie sur les couches relativement privilégiées de travailleurs et est toute pénétrée de l’idée que les ouvriers et les capitalistes auraient des intérêts communs ; les bureaucrates se voient eux-mêmes comme des « partenaires sociaux » des patrons et de leur Etat. Le réformisme, c’est propager l’idée qu’on pourrait faire fonctionner le capitalisme dans l’intérêt des ouvriers ; c’est ce que font les PS, PCF, LCR, LO – et les bureaucrates syndicaux.
Nous sommes pour l’unité la plus solide de toute la classe ouvrière contre les exploiteurs capitalistes, et par conséquent nous sommes opposés à la division de la classe ouvrière en syndicats concurrents sur la base de tendances politiques différentes, une division qui en France contribue de façon particulièrement pernicieuse à affaiblir les travailleurs, avec le taux de syndicalisation globale le plus faible de tous les grands pays capitalistes industriels. Pour de puissants syndicats industriels regroupant tous les travailleurs d’une industrie dans un seul syndicat ! Pour une direction révolutionnaire des syndicats !
Se limiter simplement à « faire du syndicalisme » suite à la désillusion vis-à-vis des partis politiques, comme on entend aujourd’hui dans les manifestations ouvrières, n’est pas la réponse aux trahisons de la direction actuelle de la classe ouvrière. Le problème n’est pas « la politique » en général, mais la politique des réformistes. Ce qu’il faut opposer au réformisme c’est un programme révolutionnaire, et construire un parti ouvrier indépendant des patrons sur la base d’un tel programme, en clarifiant les divergences avec les réformistes pour rassembler les cadres révolutionnaires dans un parti léniniste.
Le nouveau gouvernement de Villepin-Sarkozy a annoncé l’accélération de la privatisation de Gaz de France. La grève d’EDF-GDF a été trahie l’année dernière par la bureaucratie syndicale. Alors que les électriciens étaient en lutte il y a un an, Imbrecht, le dirigeant de la CGT Energie, prenait tranquillement son café avec Sarkozy, et il s’en est vanté même après la défaite de la grève : « L’arrivée de quelqu’un comme Sarkozy, qui fait de la politique mais qui pense à autre chose, avec le rapport de forces qu’on avait, a permis de donner une dimension politique au dossier. Durant les négociations, on est passé […] au déblocage de bien des dossiers. […] on a pu engranger des choses importantes du point de vue social […] » (interview publiée dans « Les Robins des bois de l’énergie », de Sophie Béroud).
D’ailleurs pendant la campagne du référendum la bureaucratie syndicale a joué un rôle tout à fait méprisable. Sans parler des numéro un Chérèque (CFDT) et Thibault (CGT) qui étaient carrément pour la « Constitution » européenne, ils ont tous freiné des quatre fers pour éviter une lutte de classe en pleine période électorale. Y compris la direction de la fédération CGT des cheminots, qui était solidement pour le « non », a reporté au 2 juin, au lendemain du référendum, une grève nationale.
La tiédeur des bureaucrates reflétait non seulement l’allégeance de beaucoup au « oui » majoritaire à la direction du PS mais aussi, plus fondamentalement, le fait qu’ils partagent avec la bourgeoisie la vision qu’il faut renforcer le capitalisme français contre ses concurrents et l’Union européenne contre les USA et le Japon, dans un contexte de rivalités économiques exacerbées. L’appel à la manifestation des métallos du 9 juin avait pour but de faire pression sur Chirac pour qu’il fasse suivre d’effet sa promesse de redonner à la France « les moyens d’une grande ambition industrielle » (voir l’Humanité, 8 juin). Seulement la seule manière d’avoir une ambition industrielle pour le capitalisme, en France et en Europe, c’est d’augmenter le taux d’exploitation des ouvriers en remplaçant les travailleurs par des machines plus performantes, en augmentant les cadences et les heures de travail, et en diminuant les salaires direct et indirect (prestations sociales, retraite). Et c’est de cela qu’il s’agissait avec la « Constitution européenne ». Les travailleurs voyaient que les capitalistes veulent détruire l’Etat-providence, et ils ont voté « non » avec raison.
Le 14 avril au Zénith : le nouveau front populaire se dévoile
Mais la campagne dirigée par le PCF pour le « non de gauche » avait fondamentalement pour but de reconstituer une nouvelle alliance électorale pour gagner en 2007 et reprendre les rênes du gouvernement bourgeois. La question du référendum était pour lui une question tout à fait secondaire. Le meeting politiquement décisif de la campagne a eu lieu le 14 avril à Paris, organisé par le PCF, et Buffet a profité de la tribune pour annoncer qu’elle préparait un bloc avec le PS, y compris avec les propagandistes enragés du « oui » dans le PS. Lutte ouvrière dans son journal du 22 avril rapporte les propos de Buffet de façon très claire :
« Nous allons prendre toutes les initiatives pour rassembler la gauche, y compris ceux qui auraient voté “oui”, pour débattre de ce que doit faire la gauche demain si elle revient au pouvoir. »
A la tribune du meeting du 14 avril il y avait Besancenot pour la LCR, Mélenchon pour le PS et Buffet pour le PCF. Le PS et le PCF sont des partis « ouvriers-bourgeois », c’est-à-dire des partis ouvriers dont la direction est procapitaliste, dédiée à la défense de la propriété privée des moyens de production. Mais il y avait aussi à la tribune le 14 avril directement des politiciens capitalistes. On avait Francine Bavay des Verts, et Georges Sarre qui représentait le Mouvement républicain et citoyen (MRC), le parti de Chevènement. Chevènement est sorti du PS au début des années 1990, à l’époque de la première guerre du Golfe où le gouvernement PS avait envoyé des dizaines de milliers de soldats dans le cadre de la coalition dirigée par Bush père contre l’Irak néocolonial. Chevènement n’était pas contre le militarisme impérialiste (il était même ministre de la guerre de Mitterrand, avant de devenir ministre des flics de Jospin) : il trouvait plutôt que le PS de Mitterrand ne défendait pas suffisamment bien les intérêts du capitalisme français contre les USA, notamment au Proche-Orient. En sortant du PS, Chevènement rompait avec le passé ouvrier de la social-démocratie et avec la base qui lui reste dans la classe ouvrière, et il créait un parti bourgeois qui s’appelle aujourd’hui le MRC.
Quant aux Verts, ils peuvent paraître moins réacs que les partis ouvriers réformistes sur toute une série de questions de société, comme par exemple sur le mariage homosexuel où Noël Mamère a pris une position en pointe. Mais il n’en reste pas moins que les Verts sont un parti bourgeois ; ils n’ont jamais eu ni voulu avoir le moindre ancrage dans les syndicats et ils ne prétendent ni de près ni de loin représenter les intérêts de la classe ouvrière ; leur base sociale ce sont des petits-bourgeois nationalistes qui veulent un capitalisme plus « écologique », c’est-à-dire où les ouvriers auraient moins de voitures et consommeraient encore moins. En Allemagne c’est un politicien Vert qui dirige depuis plusieurs années la diplomatie de l’impérialisme allemand et qui, tirant parti d’une auréole soi-disant pacifiste, a réussi à faire avaler aux travailleurs allemands des interventions militaires extérieures depuis 1999 avec la guerre des Balkans, pour la première fois depuis 1945.
Pour compléter la galerie du 14 avril, il y avait aussi José Bové. Bové n’est pas membre d’un parti bourgeois ; il est connu comme ex-porte-parole de la Confédération paysanne qui représente la petite paysannerie, donc les intérêts d’un secteur de la petite bourgeoisie. Sa campagne pour le roquefort français, contre les OGM (généralement assimilés aux multinationales américaines comme Monsanto) et contre la « malbouffe » (dont la figure emblématique est la chaîne américaine des MacDo) a simplement servi à renforcer le chauvinisme français contre l’hégémonie américaine.
A bas la collaboration de classes !
Nous appelons les alliances de collaboration de classes, telles que ce bloc du « non de gauche », des « fronts populaires », en référence notamment à celui de 1936. Voici ce qu’en disaient les trotskystes dans les années 1930 (c’est extrait d’une brochure de 1937 de James Burnham, alors un trotskyste américain) :
« Pour le prolétariat, à travers ses partis, abandonner son propre programme indépendant équivaut à abandonner son fonctionnement indépendant en tant que classe. Et c’est là précisément la signification du Front populaire. Dans le Front populaire le prolétariat renonce à son indépendance de classe, abandonne ses buts de classe – les seuls buts, comme l’enseigne le marxisme, qui puissent servir ses intérêts. […] Le Front populaire est par là même entièrement et irrévocablement non prolétarien, antiprolétarien.
« Par sa nature même, le Front populaire se doit d’être ainsi. La mise en place du Front populaire, par définition, nécessite l’accord sur un programme commun entre les partis ouvriers et les partis non ouvriers. Mais les partis non prolétariens ne peuvent accepter le programme prolétarien – le programme de la révolution socialiste – sans cesser d’être ce qu’ils sont. […]
« Le Front populaire, de par ses éléments fondamentaux, est la forme majeure de la préparation parmi les masses à la réalisation de l’unité nationale au sein des nations démocratiques, en soutien à la guerre qui vient. Sous les mots d’ordre du Front populaire les masses iront de l’avant pour se battre pour “leur propre” impérialisme. […]
« Ainsi, le Front populaire est la version contemporaine du social-patriotisme, la nouvelle forme sous laquelle doit se reproduire la trahison de 1914. » [souligné dans l’original]
– voir Spartacist éd. française n° 15-16, printemps 1980
Aussi les trotskystes, qui luttent pour que la classe ouvrière s’affranchisse de toute alliance qui la subordonne à la bourgeoisie, s’opposent par principe au front populaire.
La collaboration de classes est tellement un réflexe dans ce pays que les critères politiques sont généralement de différencier « la droite » et « la gauche », suivant les prises de position « progressistes » ou pas. Ce ne sont pas des critères de classe, car « la gauche » inclut des partis bourgeois. En faisant disparaître les barrières de classe, les partisans du front populaire qui font bloc avec la bourgeoisie se constituent en obstacle à une lutte de classe révolutionnaire des ouvriers contre la bourgeoisie.
Donc le 14 avril on avait l’embryon d’une nouvelle alliance de collaboration de classes entre des représentants de la bourgeoisie et l’essentiel des partis et organisations politiques ouvrières réformistes : PS, PCF et LCR (à l’exception notable de LO : voir notre article page 3). C’est traditionnellement sous cette forme que les réformistes dans ce pays commettent leurs trahisons : ils forment une alliance politique avec des capitalistes.
Ces derniers, d’un côté, leur servent de garantie vis-à-vis de la bourgeoisie qu’ils n’ont aucune intention de s’en prendre au système capitaliste lui-même, quelle que soit la pression des masses. Pour la bourgeoisie il est clair depuis des dizaines d’années qu’elle ne risque rien de ce côté-ci avec le PS et le PCF (et d’autant plus pour celui-ci depuis la chute de l’URSS il y a 13 ans), même sans partenaires bourgeois pour les encadrer, mais en ce qui concerne la LCR, deux garanties valent mieux qu’une.
Pourtant la LCR est elle-même équipée d’un programme qui accepte totalement le cadre du capitalisme. Toute sa campagne du référendum portait sur une Europe « sociale et démocratique », c’est-à-dire capitaliste à gouvernement social-démocrate. Sa « politique anticapitaliste » est un maigre calendrier de réformes (voir les « 10 mesures d’urgence » publiées dans Rouge, 7 avril) bien à droite des « 101 propositions » de Mitterrand dans les années 1970, quand celui-ci parlait mensongèrement de « rupture avec le capitalisme ». La LCR a formellement renoncé en 2003 à la dictature du prolétariat, qui est l’arme de la classe ouvrière parvenue au pouvoir pour écraser la résistance des capitalistes détrônés. Au lieu de cela la LCR se gargarise de « démocratie participative », comme dans la ville brésilienne de Porto Alegre où ses camarades ont tenu la mairie (avant de la rendre à la droite), autorisant des assemblées de quartiers à s’étriper sur comment se partager quelques pour cent du budget municipal sans toucher aux flics, etc.
Un certain nombre de militants de la LCR sont convaincus que la LCR refuserait de prendre part à un gouvernement capitaliste en France avec Hollande ou même Fabius. Mais l’exemple du Brésil devrait leur donner à réfléchir. Cela fait deux ans et demi que Miguel Rossetto, un de leurs dirigeants brésiliens, est ministre du Développement agraire dans le gouvernement de Lula, et ils ont littéralement des dizaines d’autres militants à eux dans les échelons supérieurs de l’appareil d’Etat capitaliste brésilien (voir Inprecor, avril). C’est un magnat du textile et un politicien bourgeois ultra-réactionnaire, José Alencar, que Lula avait choisi comme vice-président pour sa campagne électorale. On voit le résultat de toute la politique de front-populisme au bout de deux ans, notamment avec le démantèlement du droit à la retraite.
Quant au rôle de Rossetto, le « développement agraire » s’est soldé par moins de distributions de terres que sous les gouvernements de droite précédents. Rossetto ne défend les occupations de terres que si elles sont reconnues comme « légales » par l’appareil d’Etat à la solde des latifundistes. Le 17 mai les flics attaquaient brutalement la marche des paysans sans terre sur Brasilia ; des dizaines de personnes étaient blessées. D’après l’Humanité (19 mai) c’est Rossetto lui-même qui a été envoyé pour démentir les affirmations du Mouvement des sans-terre selon lesquelles Lula aurait débloqué quelques fonds pour la réforme agraire. Les attaques anti-ouvrières de Lula, applaudies par le FMI, sont si brutales qu’une partie des camarades brésiliens de la LCR s’oriente maintenant vers une nouvelle formation, le P-SOL, indépendante du PT mais dont la politique de collaboration de classes ne représente aucune rupture fondamentale avec celle du PT (voir notre article paru dans le Bolchévik, mars).
Le prétexte qu’ont utilisé les camarades brésiliens de la LCR pour placer Rossetto a été de dire : comme on est obligés de faire une alliance large pour avoir une majorité, il faut se plier aux limites dictées par nos alliés bourgeois, la clé étant d’être le plus fort possible pour faire le plus de pression possible pour déplacer légèrement vers la gauche le centre de gravité du gouvernement. On voit là comment dans un front populaire les représentants directs de la classe capitaliste servent aussi de couverture aux réformistes vis-à-vis de leur propre base.
Buffet et Besancenot essaient de faire oublier les années Jospin… et Fabius
Il y a eu en France un regain de combativité des travailleurs depuis plusieurs mois ; on a pu le voir avec les journées d’action dans le privé et le public entre janvier et mars, la grande manifestation de Bruxelles le 19 mars, les grèves victorieuses à Citroën-Aulnay en mars, dans les raffineries Total en mai, etc. La divergence qu’ont Mélenchon et Fabius avec Hollande et Jospin, c’est que les premiers envisagent un nouveau front populaire pour utiliser l’influence qu’a encore le PCF parmi les travailleurs combatifs, et l’image de la LCR, alors que l’aile Hollande-Jospin du PS pense, à la lumière encore des résultats électoraux de 2004, que le PS est suffisamment hégémonique à gauche et les ouvriers suffisamment démoralisés pour le laisser gouverner seul ou avec les Verts (et/ou les cathos de Bayrou) et sans faire de concessions verbales aux travailleurs.
Le PCF et la LCR ont le problème suivant : beaucoup de travailleurs ont gardé un souvenir cuisant des cinq années de gouvernement Jospin-Buffet, où les attaques n’ont fait que pleuvoir : flexibilité des heures de travail imposée avec les lois Aubry, privatisation de France Telecom, d’Air France, campagnes sécuritaires racistes, Vigipirate renforcé, etc.
On va nous dire que Buffet, qui était seulement ministre de la Jeunesse et des Sports, porte moins de responsabilités que Gayssot qui, en tant que ministre PCF des Transports, avait mis sur les rails la privatisation d’Air France et amorcé le plan fret qui conduit à terme assez rapproché maintenant à la privatisation de l’activité fret de la SNCF. C’est nier ce que veut dire la solidarité gouvernementale ; Buffet a assumé tous les crimes de son gouvernement ; elle y est restée quand Jospin a fait bombarder la Serbie en 1999, de même que Charles Tillon du PCF était resté au gouvernement quand de Gaulle avait balancé l’aviation pour bombarder les villages kabyles en mai 1945. Buffet n’a pas non plus bougé quand Jospin a fait blanchir les crimes de l’impérialisme français au moyen d’une commission d’enquête parlementaire, la commission Quilès, à propos du génocide du Rwanda commis grâce à Mitterrand.
Cela fait maintenant un an que le PCF se creuse la tête sur comment faire passer son nouveau front populaire comme quelque chose de moins mauvais que les années Jospin. Dans notre supplément d’avril 2004 nous citions un éditorial de l’Humanité hebdo (3-4 avril) qui disait la chose suivante :
« Renouer le fil entre les déçus désillusionnés et une gauche plus ou moins cadenassée par un Parti socialiste sûr de son hégémonie et incapable de remettre en cause ses cadres idéologiques plus marqués par la “loi du marché” que par la transformation du “monde marchand”, précisément, n’est donc pas une mince affaire. Défi de taille en vérité, qui concerne aussi tous les communistes, engagés dans une reconquête passionnante – mais difficile – des territoires populaires. »
La campagne sur le référendum apparaît dans cette optique comme utile pour redorer le blason de la « gauche du PS » (les tenants du « non », qui dans l’ensemble ne sont pas plus à gauche que les autres), et par là crédibiliser une nouvelle alliance avec le PS.
On a aussi le « petit facteur » Besancenot avec sa fausse candeur qui cherche à apporter un peu de fraîcheur au char nauséabond de Mélenchon-Fabius-Chevènement. Il faut souligner le cynisme des dirigeants de la LCR pour réhabiliter Fabius. Christian Picquet a carrément déclaré au Monde (voir leur édition du 22-23 mai) : « Il n’y a aucun obstacle à ce qu’il vienne. »
Fabius a bien besoin de toute cette mansuétude : vingt ans plus tard il est encore détesté pour ses attaques quand il était Premier ministre de Mitterrand entre 1984 et 1986 et appliquait le « tournant de la rigueur » contre les ouvriers (et plus récemment il était ministre sous Jospin et s’était prononcé pour la privatisation d’EDF). L’affaire du sang contaminé qui a tué des milliers de personnes, c’était sous Fabius – bien sûr l’(In)justice française l’a blanchi dans cette affaire. C’est avec Fabius comme Premier ministre que la DGSE avait coulé le Rainbow Warrior de Greenpeace pour protéger les essais nucléaires français. C’est encore sous Fabius qu’Eloi Machoro, dirigeant indépendantiste kanak, avait été exécuté de sang-froid par un commando du GIGN. Les deux ans de gouvernement raciste de Fabius ont aussi amené les premières victoires électorales des fascistes du Front national.
Le front populaire et le racisme
Le véritable programme du prochain front populaire sur l’immigration est en cours d’élaboration au PS, et c’est Malek Boutih, ex-dirigeant de SOS-Racisme, qui l’a rédigé. Il y a là-dedans tout ce dont rêve Sarkozy et même plus, y compris les quotas par pays, l’abrogation du regroupement familial, l’interdiction de la double nationalité, la prestation de serment au respect des lois de la République, etc. (le Figaro Magazine, 13 mai). L’hebdomadaire fasciste National Hebdo en a félicité Boutih ! Donc, même si le PS n’a pas endossé officiellement le rapport Boutih pour le moment, ça promet pour un éventuel gouvernement de front populaire avec le PS.
Un gouvernement de front populaire est inévitablement raciste car il s’agit d’administrer le capitalisme, pour lequel le racisme est essentiel afin de chercher à diviser la classe ouvrière. Ce n’est pas un hasard si, dès qu’il y a un renouveau des luttes sociales, on se retrouve avec une nouvelle campagne raciste : c’est que la classe ouvrière dans ce pays est depuis plus de cent ans multiethnique. Dans les années 1980 il y a eu de grandes grèves de l’automobile où c’était des travailleurs d’origine nord-africaine qui se sont retrouvés à l’avant-garde. A l’époque le Premier ministre social-démocrate Mauroy (qui précédait Fabius) déclarait que les ouvriers étaient manipulés par les ayatollahs.
Prenons les années Jospin, entre 1997 et 2002 : Chevènement, ministre des flics, faisait adopter des mesures de répression contre les organisations d’aide aux sans-papiers, et les flics tuaient d’une balle dans la nuque Riad Hamlaoui le 16 avril 2000, pour ne citer qu’une seule des victimes des flics sous Jospin. Jospin s’est vanté d’avoir réactivé au maximum le plan de quadrillage raciste Vigipirate dans les 90 minutes qui avaient suivi les attentats criminels du World Trade Center.
Le front populaire a pour fonction de faire dérailler les luttes de classe vers la collaboration de classes, ce qui passe inévitablement par l’utilisation de la carte du racisme. Les ouvriers immigrés de l’automobile qui avaient fait les grandes grèves des années 1980 ont été pour la plupart licenciés ou sont partis à la retraite, mais maintenant ce sont les enfants de ces travailleurs qui entrent en lutte, et contre eux aussi le racisme sera utilisé. En mars dernier à Citroën-Aulnay des jeunes issus des cités-ghettos ont été à l’origine de la première grève sérieuse de l’automobile depuis plus de dix ans. Sans parler des centaines de milliers de jeunes travailleurs d’origine africaine ou autre qui ont la nationalité française, le poids des travailleurs étrangers reste stratégique dans le bâtiment (200 000 travailleurs, soit un actif sur six sans compter les sans-papiers non comptabilisés), dans l’industrie (200 000 aussi) et dans les services aux entreprises, comme par exemple le nettoyage, qui sont indispensables pour le fonctionnement des installations (plus de 200 000) [chiffres publiés dans « Immigration et présence étrangère en 2002 » par André Lebon]. C’est pourquoi la lutte contre le racisme est une question pivot dans la lutte pour une révolution socialiste dans ce pays.
D’ores et déjà on peut voir que le nouveau front populaire aura une politique tout aussi raciste que celle de ses prédécesseurs. Le PS et le PCF ont déjà donné à la bourgeoisie de nombreuses garanties là-dessus. Une figure proéminente du PS, Bernard Kouchner, est allée jusqu’à soutenir la pétition contre le soi-disant « racisme anti-Blancs » visant après les manifestations lycéennes du 10 mars dernier à présenter les victimes de la brutalité raciste française des flics comme les coupables. Tous les jours les mairies et conseils généraux contrôlés par le PS et le PCF commettent des atrocités racistes, par exemple les expulsions de Roms par le PC à Saint-Denis. A Montreuil dans le 9-3, Brard, le maire apparenté PCF, poursuit une vendetta spéciale contre une secte protestante dont les membres sont pour la plupart des Noirs. Sur la question des exclusions racistes de jeunes femmes portant un foulard islamique, le PS a été en pointe (avec une contribution toute particulière de LO : voir notre article en page 3), que ce soit d’ailleurs le PS du « oui » (Jack Lang) ou le PS du « non » (Fabius) ; le maire de Paris Delanoë a y compris licencié une jeune employée portant un foulard islamique.
Evidemment cela ne va pas sans contradictions, parce que le PCF reste un parti de masse dont beaucoup de membres à la base cherchent à aider les sans-papiers, et veulent combattre les attaques racistes croissantes. Le PCF a fait un bon score l’année dernière aux élections régionales dans le 9-3 en mettant en tête de liste Mouloud Aounit, un militant antiraciste très connu d’origine algérienne. La première chose qu’a faite le PS a été d’émettre un veto à la nomination d’Aounit comme tête de liste lors de la fusion des listes au deuxième tour, tout comme à sa nomination après les élections à un poste de vice-président du Conseil régional d’Ile-de-France. Comme nous l’écrivions à l’époque (voir notre supplément, avril 2004) : « Ces vetos racistes du PS en disent cependant plus long sur le PS que sur l’antiracisme du PCF, qui pas un instant n’a songé à rompre avec le PS là-dessus. »
Donc maintenant le PCF recommence les parrainages de sans-papiers comme avant l’élection de Jospin. Le PCF réclame même le droit de vote pour tous les immigrés et pour toutes les élections. Ca fait bien sur le papier mais, quand ils étaient au gouvernement, une loi sur le droit de vote aux municipales, dûment votée au Parlement, avait été bloquée par le gouvernement qui avait refusé de l’inscrire à l’ordre du jour du Sénat.
Nous présentons une perspective prolétarienne de lutte contre la terreur raciste, que ce soit celle du gouvernement Chirac ou celle du prochain gouvernement de front populaire. Nous disons : pleins droits de citoyenneté pour tous les immigrés ! Nous nous opposons à Vigipirate. Nous luttons pour syndiquer les intérimaires, CDD et temps partiels qui sont en grande partie d’origine immigrée et/ou des femmes et qui, du fait de leur oppression et de leur précarité, sont particulièrement vulnérables ; pour les intégrer dans la lutte le mouvement ouvrier doit revendiquer des emplois au statut égal pour tous, et à plein temps pour tous ceux qui le demandent.
Pour défendre ses acquis la classe ouvrière a besoin d’un programme de lutte de classe internationaliste, une alliance avec les travailleurs d’Amérique, de Pologne et d’ailleurs. Un tel programme exige des directions lutte de classe dans les syndicats. Il exige de rompre avec le front populaire autour du PS et ses larbins de la LCR et du PCF. Il exige un parti ouvrier révolutionnaire multiethnique. C’est ce parti que nous cherchons à construire. Rejoignez-nous !
http://www.icl-fi.org/francais/lebol/172/referendum.html
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Pour une défense lutte de classe des bagagistes de Roissy ! A bas la campagne sécuritaire raciste du gouvernement ! (2006)

https://archive.is/7785M
Le Bolchévik nº 178 Décembre 2006
Buffet Royal en 2007 : austérité anti-ouvrière et terreur raciste encore une fois au menu
La chasse aux sorcières raciste de l’Etat contre 72 travailleurs, musulmans pour la plupart, à l’aéroport de Roissy, et les conditions de travail intenables imposées aux dizaines de milliers de travailleurs de l’aéroport, en disent long sur les causes de la révolte de la jeunesse des banlieues il y a un an. Cette explosion de rage de jeunes d’origine ouvrière et largement issus de l’immigration maghrébine et africaine, avait été déclenchée par la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré à Clichy-sous-Bois, morts électrocutés alors qu’ils essayaient d’échapper à une rafle raciste de la police. Ces deux jeunes avaient immédiatement été dénoncés par l’Etat comme de soi-disant délinquants et menteurs. Et ça continue : fin novembre la « justice » a annoncé que les flics responsables ne seraient pas poursuivis, et le rapport de l’IGS sur la chasse à l’homme qui avait eu lieu ce jour-là contre Zyed, Bouna, Muhittin et leurs amis, qualifie le comportement des flics comme simplement « d’une légèreté et d’une distraction surprenantes ». Pendant ce temps c’est Muhittin Altun, âgé de 18 ans, le seul survivant, qui est persécuté par la vendetta de l’Etat ; il est passible d’une peine de prison pour avoir soi-disant jeté des pierres contre une voiture de police et pour « participation avec armes à un attroupement ». Nous disons : Il n’y a pas de justice dans les tribunaux capitalistes ! Levée des inculpations contre Muhittin Altun ! Amnistie pour tous les jeunes condamnés suite à la révolte des banlieues ! La classe ouvrière multiethnique de ce pays doit défendre les jeunes de banlieue !
Les travailleurs de Roissy sont recrutés en fait dans les mêmes banlieues du Nord de Paris que celle où Zyed et Bouna ont grandi ; le frère de Bouna, Siyak Traoré, travaille à l’aéroport. Un an plus tard les conditions matérielles qui ont contribué à alimenter cette explosion – manque d’emplois, transports et système de santé défectueux, classes surchargées dans les écoles, répression quotidienne par l’Etat – rien n’a changé. En fait, à la veille des élections de 2007, la guerre contre les jeunes des minorités ethniques, désignés comme le bouc émissaire de tous les maux de la société, se déchaîne de plus en plus ; c’est à qui, de la gauche ou de la droite, battra l’autre sur le terrain de l’« ordre républicain ». Lors de l’occupation policière des cités il y a un an, nous avions dénoncé en particulier le rôle de la gauche pour son soutien à la répression, quand le PCF, le PS et LO avaient tous appelé à « rétablir l’ordre » contre les jeunes de banlieue en pleine révolte. (LO est ensuite revenue en arrière, mais ils ont décrit leur appel simplement comme « une ânerie bien sûr, mais mineure » de leur part – voir notre article sur LO page 7.) Cette trahison, et le refus de la bureaucratie syndicale de mobiliser sa base au côté des jeunes de banlieue, a encouragé l’Etat à poursuivre sa répression raciste. Nous écrivions (le Bolchévik n°174, décembre 2005) :
« L’oppression raciste et la stigmatisation des jeunes des banlieues par la bourgeoisie visent à diviser la classe ouvrière et à l’affaiblir dans son ensemble, à un moment où le gouvernement redouble les attaques et les mesures de répression contre le prolétariat en général. Une attaque contre un est une attaque contre tous ! »
Les 72 bagagistes de l’aéroport de Roissy sont visés aujourd’hui comme des « terroristes » potentiels pour les mêmes raisons – pour essayer de diviser selon des lignes raciales et affaiblir la puissance potentielle des 80 000 travailleurs de l’aéroport. Pas un seul des 72 bagagistes qui se sont vu retirer leur badge n’a jamais été accusé ou condamné pour aucun crime. D’après le sous-préfet Jacques Lebrot, on leur a retiré leur badge (qui donne accès à la zone réservée de l’aéroport où travaillent 60 000 personnes) sur la base qu’ils représentaient un risque potentiel pour les passagers. Il a déclaré qu’ils « sont liés à des mouvances fondamentalistes à visée terroriste » qui rejettent « la France et nos valeurs ». « Pour nous, quelqu’un qui va passer des vacances plusieurs fois au Pakistan, cela nous pose des questions », a déclaré Lebrot (le Monde, 21 octobre) ; Lebrot a retiré son badge à un travailleur qui avait participé avec son père à un voyage organisé Fram, « circuit au pays des maharajas », qui l’avait emmené au Pakistan, en Inde et au Bangladesh. Lebrot n’a pas fourni la moindre preuve pour étayer ses déclarations, et en fait il a exigé que ce soit les bagagistes persécutés qui fournissent la preuve qu’ils ne présentent aucun risque pour les passagers !
Cette attaque n’a rien à voir avec la lutte contre le « terrorisme » (les principaux architectes du terrorisme sont à l’Elysée et dans les ministères), ni avec la « protection » de la population ; mais elle a tout à voir avec l’arsenal croissant à la disposition de l’Etat pour écraser toute opposition et détruire les libertés. Nous nous opposons à la campagne d’« unité nationale » contre le terrorisme qui a pour but de renforcer l’Etat capitaliste raciste français.
Sarkozy a salué la chasse aux sorcières en déclarant : « Moi, je ne peux pas accepter que des gens qui ont une pratique radicale travaillent sur une plateforme aéroportuaire » (le Monde, 21 octobre). Il fait ainsi l’amalgame entre « terroristes » et travailleurs ordinaires qui se défendent ainsi que leurs collègues, et qui se battent pour la sécurité contre les patrons assoiffés de profits sur l’aéroport. Ce n’est pas un hasard que parmi les 72 de Roissy il y a des militants syndicaux qui, face à des conditions de travail qui se détériorent, se syndiquent et revendiquent. Didier Frassin, le secrétaire de l’union locale CGT de Roissy, disait, en parlant de l’intérêt croissant pour les syndicats manifesté par de nombreux jeunes recrutés dans les banlieues voisines : « Leur arrivée a contribué à renouveler le syndicat, qui ne cesse de progresser. Les directions ne s’y attendaient probablement pas. » Un autre délégué CGT chez Air France, Moustafa, ajoutait : « Ils nous ont embauchés, on s’est retrouvés délégués. On dénonce les conditions de travail, on milite, alors ils veulent nous briser en retirant les badges » (l’Humanité, 27 octobre).
Exactement. Ce que craint la bourgeoisie, c’est la force croissante de la classe ouvrière organisée multiethnique de l’aéroport ; c’est cela qui est derrière cette chasse aux sorcières. La bourgeoisie et les travailleurs ont des intérêts fondamentalement opposés et antagoniques. Le capitalisme est basé sur l’exploitation des travailleurs par les capitalistes. Il est impossible de le faire fonctionner dans l’intérêt des travailleurs ; il n’est pas réformable. Les groupes, comme LO, la LCR, le PCF, qui offrent des recettes sur comment mieux administrer le capitalisme, le rendre plus démocratique, plus social, etc., répandent le même mensonge que Jean Jaurès il y a 100 ans. Aujourd’hui comme alors, cela ne sert qu’à lier la classe ouvrière au système capitaliste de profit basé sur l’esclavage salarié et l’oppression raciste. Nous luttons pour mobiliser la classe ouvrière, indépendamment de l’ennemi de classe, des organes de celui-ci et de ses partis, pour balayer le système capitaliste par une révolution socialiste. Elle brisera et détruira l’Etat capitaliste et établira à la place un Etat ouvrier basé sur une économie collectivisée et planifiée suivant les besoins. Dans ce but, nous luttons pour construire un parti comme le parti bolchévique, pour pouvoir diriger les travailleurs à la victoire. A bas la chasse aux sorcières raciste ! Il faut mobiliser la classe ouvrière en défense des 72 de Roissy ! Pour leur réintégration immédiate dans leur poste de travail !
Vigipirate vise les travailleurs et les minorités
L’attaque contre les 72 bagagistes n’est que la dernière en date d’une longue liste à Roissy. Depuis 2004, d’après la CFDT, 3 585 travailleurs se sont vu retirer leur badge, ce qui veut dire presque automatiquement la perte de leur emploi. Le but de ces attaques, c’est de garder ces travailleurs, qui représentent la plus importante concentration de travailleurs de toute couleur de peau dans ce pays, fermement à la merci des patrons, en leur inculquant la crainte que quiconque résiste sera le prochain licencié. Il y a un an Lebrot avait agité Vigipirate rouge « pour rétablir l’ordre public » et forcer les bagagistes en grève de chez CBS à reprendre le travail sous la menace de six mois de prison (le Nouvel Observateur, 6 octobre 2005). Il avait déclaré à l’époque que leur grève accroissait la probabilité d’une attaque terroriste.
La bourgeoisie française, et ses porte-parole de droite comme de gauche, se félicitent souvent, notamment depuis que George Bush est à la Maison Blanche, que, contrairement à leurs homologues américains, ils règnent de façon juste, sociale, et égalitaire. En fait ils mettent en œuvre leur propre « guerre contre le terrorisme » avec Vigipirate depuis 1991 à l’époque de la première guerre du Golfe. Lorsque Mitterrand avait envoyé des dizaines de milliers de troupes impérialistes françaises pour combattre les Irakiens au côté des USA et de la Grande-Bretagne, les jeunes issus de l’immigration maghrébine en particulier s’étaient largement opposés à cette guerre meurtrière. Le gouvernement avait réagi en lançant Vigipirate ; il s’agissait d’attiser un climat de peur et d’insécurité en visant les jeunes qui menaçaient les sacro-saintes « valeurs républicaines » et qui manifestaient de la sympathie pour les peuples d’Irak. Des bandes de flics et de soldats en armes patrouillaient dans les gares pour empêcher physiquement les jeunes de prendre part aux manifestations dans le centre de Paris.
Dès cette époque la LTF avait protesté contre Vigipirate, et expliqué que ce plan était une arme de l’Etat capitaliste pour viser dans un premier temps des personnes ayant des attaches musulmanes, pour pouvoir ensuite réprimer la classe ouvrière dans son entier. Lutte ouvrière au contraire maintient depuis 15 ans un silence complice sur Vigipirate. Maintenant LO se lamente que le métier de bagagiste soit « sur le point d’être interdit aux musulmans » (Lutte ouvrière, 3 novembre), mais leur refus constant de s’opposer à Vigipirate est le genre de capitulation à la campagne « antiterroriste » qui a pavé la voie à l’attaque actuelle à Roissy.
Dix ans après la première guerre du Golfe, avec le 11 septembre 2001, les dirigeants français ont eu de nouveaux prétextes pour accroître les pouvoirs de la police. Comme le souligne une déclaration intersyndicale à Roissy : « L’Etat et les directions d’entreprises se sont servis du 11 septembre 2001 pour revenir sur les droits et les libertés individuelles des salariés travaillant en zone réservée » (« Nous sommes tous concernés », 27 novembre). Un syndicaliste SUD faisait remarquer : « Depuis [le 11-Septembre], on a créé un Patriot Act sur l’aéroport » (Libération, 10 novembre) ; il faisait référence à la loi « antiterroriste » aux USA introduite à la suite de l’attaque criminelle contre le World Trade Center et de l’attaque contre le Pentagone. Didier Frassin, de la CGT, disait la même chose lors d’une récente interview où il souligne l’impact de la loi sur la sécurité quotidienne (LSQ), introduite tout juste un mois après le 11-Septembre, et qui « facilite l’attitude du préfet de Seine-Saint-Denis et mène à des aberrations » (l’Humanité Dimanche, 23-29 novembre).
Buffet Royal en 2007 : c’est les ouvriers et les jeunes des banlieues qui vont déguster !
Le nombre de travailleurs de l’aéroport concernés parle pour lui-même : ce ne sont pas là des « aberrations ». Pour les patrons et leur Etat, la règle c’est l’intimidation et la répression. Peut-être que Frassin est un peu mal à l’aise parce que cette LSQ avait été introduite par le gouvernement Jospin-Buffet-Royal de « gauche plurielle » qui, comme tous les gouvernements capitalistes dans le monde, avait cherché à tirer parti de l’hystérie antiterroriste après le 11-Septembre pour serrer la vis à l’ensemble de la population. Mais les bureaucrates syndicaux, au nom de l’« unité nationale » et de la loyauté envers leur gouvernement de front populaire, avaient laissé voter cette loi sans protester.
Le passage de la LSQ sous Jospin n’est qu’un exemple de comment un gouvernement de front populaire paralyse les luttes ouvrières. Nous nous opposons inconditionnellement et par avance à tout vote et tout soutien, au premier ou au deuxième tour, à une telle alliance qui va du PS et du PC à des bourgeois soi-disant de gauche comme les Verts, les chevènementistes, etc. Ce n’est pas le cas des organisations réformistes, qui se préparent à dire à la classe ouvrière de voter au deuxième tour pour la candidate du front populaire, Ségolène Royal, comme un « moindre mal » (pour LO, voir notre article page 7). La LCR monte en épingle son refus de participer à un gouvernement avec Royal, en opposition au PCF. Mais c’est pour dissimuler qu’ils s’apprêtent tout comme le PCF à voter Royal : cette organisation qui, ces 32 dernières années, a toujours voté pour le candidat du front populaire au deuxième tour des présidentielles (sauf en 2002 où ils ont voté Chirac), a cyniquement déclaré (voir Rouge, 16 novembre) :
« Puisqu’il faut être le plus clair possible, nous rappelons qu’il n’y a, chez nous, aucune tentation de renvoyer gauche et droite dos à dos. Virer la droite en 2007 est pour nous une mesure de salubrité publique. »
La stratégie des réformistes se limite à essayer de faire pression sur la bourgeoisie pour qu’elle fasse quelques concessions, qui peuvent être octroyées aujourd’hui mais reprises demain. Si le front populaire revient au pouvoir, il continuera, tout comme le gouvernement Jospin-Buffet avant lui, d’administrer l’Etat capitaliste raciste français et à protéger les intérêts des entreprises françaises contre leurs rivales étrangères, tout cela sur le dos des travailleurs.
A bas la « guerre contre le terrorisme » de la bourgeoisie !
Avant de donner le badge nécessaire pour travailler dans la zone réservée de Roissy, les flics épluchent maintenant cinq différentes bases de données. Si l’on y figure pour un excès de vitesse, une soirée bruyante ayant abouti à un dépôt de plainte d’un voisin, le fait de ne pas avoir payé à temps sa redevance télé ou ses impôts, même sans avoir été condamné, on ne se fait pas embaucher, ou on perd son badge lors d’un contrôle périodique. Les patrons utilisent aussi ces données pour s’immiscer dans la vie privée des travailleurs et pour imposer leur ordre moral bourgeois, comme le condamne à juste titre la déclaration intersyndicale du 27 novembre. Il y a le cas particulièrement scandaleux d’un steward homosexuel qui avait été appréhendé au Bois de Boulogne avec un prostitué, et qui a dû signifier au préfet et aux autorités aéroportuaires qu’il acceptait de voir un psychiatre et de faire un « travail sur lui-même » pour garder son emploi. Tous les travailleurs visés par les lois sécuritaires répressives de Jospin et Sarkozy doivent être réintégrés immédiatement ! A bas la croisade d’ordre moral de l’Etat !
Ce sont ceux qui administrent le système capitaliste qui perpètrent la terreur de masse et des massacres barbares, aveugles et prémédités à une échelle gigantesque. Les crimes contre l’humanité qui sont synonymes de l’impérialisme français – des massacres pendant la guerre d’Indochine à la torture en Algérie et au génocide du Rwanda – sont la marque de fabrique du capitalisme dans son agonie. Et de même les attaques des CRS contre les travailleurs en grève et les jeunes qui protestent, ainsi que les attaques contre les salaires et les conditions de travail des ouvriers, la terreur des flics et la pauvreté dans les banlieues.
Ce n’est certainement pas la première fois, ni la dernière, qu’un secteur de la classe ouvrière se fait traiter de « terroriste ». Pendant la guerre d’Algérie, sous des gouvernements de gauche comme de droite, de semblables croisades étaient monnaie courante contre la classe ouvrière multiethnique, notamment dans les grandes usines automobiles. Les travailleurs de Roissy sont visés parce que l’aéroport est stratégique pour le capitalisme français, au niveau économique et au niveau militaire, et que les patrons et leurs gouvernements comprennent très bien que ces milliers de travailleurs, avec leurs syndicats, peuvent déployer une énorme puissance sociale pour défendre leurs droits et lutter contre l’oppression.
Les capitalistes savent aussi que si les travailleurs font preuve de résistance et de solidarité de classe, cela peut devenir l’étincelle pour une lutte plus large dans le pays, notamment là où il y a encore de grandes concentrations multiethniques de travailleurs, comme dans les usines automobiles et les fabricants de pièces détachées, mais aussi dans le secteur public où des centaines de milliers d’emplois sont menacés de privatisation. A la SNCF et la Poste les patrons démantèlent les services publics en créant des unités séparées plus petites, comme Chronopost qui a une base à Roissy, afin de paver la voie à la privatisation et d’obliger les ouvriers à travailler encore plus pour un salaire plus faible. Le prochain gouvernement essaiera à nouveau d’utiliser Vigipirate, cette fois-ci contre les cheminots luttant pour défendre leurs acquis.
Le niveau de pauvreté et d’oppression raciste a considérablement augmenté, ici et dans le monde, suite à la contre-révolution capitaliste qui a eu lieu dans l’ex-Union soviétique il y a 15 ans. Cette défaite historique pour le prolétariat mondial a encouragé les impérialistes à multiplier les maraudages néocoloniaux à l’étranger et accroître l’exploitation ici. Les capitalistes d’Europe de l’Ouest, agitant le mensonge de la « mort du communisme », pensent qu’ils ont maintenant les coudées franches pour détruire les acquis de la classe ouvrière, notamment les réformes de l’« Etat-providence ». Celles-ci avaient été introduites pour essayer d’endiguer le spectre du communisme après la Deuxième Guerre mondiale, face à une classe ouvrière combative qui voulait sa vengeance du bain de sang qu’elle avait subi, et à une époque où l’autorité de l’Union soviétique avait grandi du fait qu’elle avait vaincu les nazis de Hitler. La LTF, section de la Ligue communiste internationale, a mobilisé toutes ses forces pour combattre la restauration capitaliste dans l’ex-Union soviétique, et nous continuons aujourd’hui à lutter contre les tentatives des impérialistes de restaurer le capitalisme dans les Etats ouvriers déformés restants, Cuba, le Vietnam, la Corée du Nord (voir notre article page 9) et surtout la Chine.
L’effondrement de l’Union soviétique a mené à une forte augmentation de la concurrence internationale entre les puissances impérialistes. Celles-ci, pour maintenir et accroître leur taux de profit, ce qui est indispensable dans la lutte contre leurs rivales, ont toutes sortes de méthodes, notamment d’avoir une « main-d’œuvre plus flexible » avec des plans comme le contrat nouvelle embauche ou le défunt CPE. En France notamment, le démantèlement de l’Etat-providence est considéré comme une nécessité d’airain pour l’impérialisme français, qui est bien plus faible que ses rivaux américain et même allemand.
Pour une lutte de classe contre les nouvelles attaques !
Dix sociétés seulement emploient 60 % de tous les travailleurs de l’aéroport de Roissy. Le reste travaille dans 700 entreprises sous-traitantes, où les conditions de travail sont souvent encore plus atroces. « Les jeunes des cités alentour ont été embauchés, mais il faut voir dans quelles conditions ! […] On les appelle les “dos cassés” », rapporte Didier Frassin de la CGT. Un travailleur déclare : « C’est Spartacus. Je travaille de nuit, je vois à peine ma famille. Et on nous dit que les jeunes ne veulent pas bosser ! » (l’Humanité, 27 octobre) Beaucoup de jeunes travailleurs, même quand ils sont finalement embauchés en CDI, ont souvent seulement un temps partiel ; les patrons ne veulent pas payer trop de charges sociales, et ils essaient ainsi de réduire la cohésion et la force des travailleurs. Ces derniers sont obligés de prendre un deuxième emploi pour survivre, ou de faire d’interminables heures supplémentaires. La sous-traitance a pour but de diviser la classe ouvrière, d’affaiblir les syndicats et d’empêcher des grèves unies sur l’ensemble de la plateforme. Mais les travailleurs ont leurs propres armes pour riposter : leurs intérêts de classe communs et leur solidarité dans la lutte. Ensemble, ils représentent une puissance formidable.
La confiance des bureaucrates syndicaux dans la « justice » bourgeoise ne sert qu’à démobiliser la lutte : lors d’une réunion intersyndicale appelée pour discuter des actions à prendre en défense des bagagistes, un dirigeant de la CFDT a argumenté contre une grève, et même contre une protestation immédiate, disant qu’il fallait plutôt « attend[re] de voir ce que dit la justice », plusieurs plaintes ayant été déposées contre le retrait des badges. Nous n’excluons pas de faire usage de toutes les possibilités judiciaires pour défendre ces travailleurs, mais nous n’avons pas la moindre confiance dans le système d’injustice capitaliste. Nous nous tournons au contraire vers la puissance des milliers de travailleurs unis dans la lutte. Une grève solide à Roissy en défense des bagagistes ferait rapidement réfléchir les patrons, leur préfet et leurs juges pour trouver une « solution ». On a pu avoir un avant-goût de cette puissance sociale récemment avec le CPE, où c’est la mobilisation des syndicats avec les étudiants qui a battu le gouvernement.
L’Etat n’est pas au service de la société dans son ensemble. Les exploités et les opprimés ne peuvent pas l’utiliser pour qu’il serve leurs propres intérêts. C’est une machine d’oppression de la classe ouvrière par la classe capitaliste, une machine répressive faite de soldats, de flics, de tribunaux et de prisons qui ont tous pour raison d’être de défendre la domination de classe et les profits des capitalistes contre les travailleurs. Nous disons : Flics, gardiens de prison, vigiles et agents de sécurité, hors des syndicats ! La raison d’être de l’Etat c’est d’empêcher ceux qui produisent les richesses de cette société, la classe ouvrière, d’en prendre le contrôle, et de maintenir au contraire les exploiteurs bourgeois au pouvoir. Il ne peut pas y avoir de véritable justice pour les travailleurs dans les tribunaux capitalistes. C’est ce système qui, il y a un an, a enfermé des centaines de jeunes des banlieues et qui leur a fait un casier judiciaire qui peut les consigner à un avenir de chômage. Les travailleurs doivent renverser l’Etat bourgeois et exercer leur propre domination de classe contre la résistance des capitalistes, en établissant, comme les ouvriers russes en 1917, un Etat ouvrier, la dictature du prolétariat.
Il faut rompre avec les dirigeants syndicaux traîtres !
Un exemple approprié de lutte de classe, c’est la grève d’Air France en octobre 1993 : les travailleurs ont occupé les pistes et fait grève contre le plan Attali de licenciement de 4 000 travailleurs. Le gouvernement Mitterrand-Balladur a rapidement cédé aux revendications des travailleurs de jeter ce plan à la poubelle. Il n’a pas seulement reculé parce qu’Air France perdait l’équivalent de 10 millions d’euros par jour et parce que les transporteurs étrangers menaçaient de poursuivre en justice Aéroports de Paris ; il a cédé surtout parce qu’il craignait que la grève ne s’étende à d’autres travailleurs du secteur public qui étaient aussi l’objet de suppressions d’emplois. C’est Jospin et son ministre PCF des Transports Gayssot, avec l’aide des bureaucrates syndicaux, qui a partiellement privatisé Air France cinq ans plus tard, en 1999, ouvrant la voie à la privatisation complète en 2004.
Un autre exemple de puissante mobilisation de la classe ouvrière multiethnique en lutte pour défendre ses emplois, c’était sur l’aéroport de Heathrow à Londres en 2005. Le personnel de British Airways (BA) a fait grève en défense de 6 700 travailleurs, essentiellement des femmes originaires du sous-continent indien, licenciés par Gate Gourmet, une société de catering (préparation des repas). La grève a paralysé BA et a pratiquement stoppé toute l’activité de l’un des plus grands aéroports du monde. Elle a coûté plus de 70 millions d’euros à BA, stoppé pratiquement toute sa flotte dans le monde, et semé la pagaille dans les activités de BA pendant près d’une semaine. Comme l’écrivaient nos camarades britanniques : « Ce qu’il y a d’autant plus impressionnant avec cette grève, c’est qu’elle a été entreprise en dépit des lois antisyndicales qui interdisent les grèves de solidarité avec des travailleurs d’autres entreprises, et qu’elle a été lancée en pleine hystérie “antiterroriste” du gouvernement, attisée suite aux bombardements terroristes criminels du 7 juillet » à Londres (Workers Vanguard, 2 septembre 2005). Les travailleurs de l’aéroport ont fait cette action sachant que leurs propres emplois pouvaient être les suivants, mais ils reconnaissaient que leurs intérêts et ceux de ces travailleurs du catering, surtout des femmes asiatiques, étaient les mêmes.
L’aéroport étant pratiquement arrêté et BA perdant des millions de livres, la direction syndicale a répudié les grèves en les déclarant « illégales », et les travailleurs ont repris le travail. Une fois que BA et l’aéroport avaient repris, la direction syndicale a accepté de négocier dans une position de faiblesse. Finalement certains travailleurs licenciés ont été repris, et quelques autres ont reçu des indemnités de licenciement plus élevées, mais beaucoup de travailleurs combatifs sont restés sur le carreau du fait du rôle de la bureaucratie syndicale. La grève de Heathrow, tout comme la grève d’Air France de 1993, montre que pour vaincre les attaques des capitalistes, il faut aussi une bataille contre la politique procapitaliste de la bureaucratie syndicale. Ces dirigeants traîtres cherchent en permanence à enrayer les luttes ouvrières et cherchent des « accords de partenariat », parce qu’au fond ils partagent les mêmes intérêts et les mêmes préoccupations que leur propre bourgeoisie : ils veulent que leurs « propres » capitalistes soient plus « compétitifs » que leurs rivaux étrangers.
De même que nous nous opposons à la collaboration de classes au gouvernement, nous luttons aussi contre les plans de « partenariat social » et de « dialogue social » prônés par les bureaucrates syndicaux, qui répandent le mensonge que les travailleurs et les capitalistes ont des intérêts en commun et qu’ils doivent essayer ensemble de relever les profits des patrons. Nous sommes pour une direction révolutionnaire des syndicats qui n’accepte pas les règles du jeu des patrons, ni n’avale leur hystérie raciste « antiterroriste », une direction se battant pour syndiquer les non-syndiqués, pour l’embauche en CDI de tous les précaires et pour le partage du travail entre toutes les mains sans perte de salaire. Une direction qui défende les travailleurs à la peau foncée contre la discrimination et qui exige les pleins droits de citoyenneté pour tous les immigrés, y compris en luttant contre les déportations de sans-papiers qui se chiffrent à 26 000 cette année, notamment via l’aéroport de Roissy. Dans le cadre de cette lutte nous disons : une industrie, un syndicat. La division des syndicats selon l’affiliation politique ou suivant la profession est un cadeau aux patrons qui affaiblit la force de la classe ouvrière.
A Roissy, les bureaucrates utilisent le fait qu’il y a des syndicats séparés comme couverture pour le fait qu’ils n’ont pas appelé à la grève en défense des 72 de Roissy. Ils se rejettent mutuellement la faute pour l’absence de toute décision d’action lutte de classe. Il y a eu en fait une grève le 23 octobre, appelée par la CFTC, sur la question de l’intimidation et des retraits abusifs de badges (bien que les dirigeants chauvins de la CFTC aient refusé de protester directement contre la persécution raciste des bagagistes musulmans sanctionnés). Une centaine de travailleurs d’Air France ont fait grève ce jour-là, et beaucoup ont essayé de manifester sur le tarmac, dont ils ont été refoulés par les CRS, sous la menace de se faire retirer leur propre badge s’ils essayaient de bloquer le trafic. Leur protestation aurait pu être le point de départ pour la mobilisation si nécessaire en défense de tous les travailleurs de l’aéroport persécutés, mais elle est restée isolée par les autres syndicats, notamment la CGT.
En fait cela a pris trois mois, après l’envoi des premières notifications aux bagagistes annonçant le retrait imminent de leur badge, pour que la première réunion intersyndicale se tienne sur l’aéroport le 7 novembre. Cette réunion a rassemblé les six principaux syndicats opérant à Roissy (CFDT, CFTC, CGT, FO, SUD et UNSA), et elle a décidé d’avoir une autre réunion et de produire un tract, et d’envoyer une délégation syndicale rendre visite au ministre bourgeois Azouz Begag et au préfet de Seine-Saint-Denis. Après la réunion, Sylvain Chazal, dirigeant de l’UNSA, a déclaré : « L’idée n’est pas de lancer une grève qui ne sera pas suivie. Le sujet est très délicat et nous savons qu’il y a à Roissy des vrais problèmes de sécurité. » Et la CGT a couvert son propre refus d’appeler à l’action promise, en se plaignant : « Si la CGT, plus gros syndicat de la plate-forme, est partante “pour une puissante journée d’action”, la CFDT prône “des formes d’actions différentes” » (déclaration de l’union locale CGT de Roissy-Charles-de-Gaulle, 8 novembre). Certains bureaucrates ont même argumenté à la réunion qu’il serait discriminatoire de protester contre l’injustice faite aux 72 de Roissy étant donné que chaque année des centaines de travailleurs se voient retirer leur badge ! La déclaration syndicale commune du 27 novembre, intitulée « Nous sommes tous concernés », capitule face à ce chauvinisme en ne mentionnant jamais le cas des bagagistes. Bien sûr, tous les travailleurs de Roissy sont visés dans cette affaire, mais de faire disparaître cette offensive particulière, avec son caractère raciste patent, ne peut en réalité servir qu’à diviser davantage les travailleurs.
Finalement les syndicats ont appelé à une manifestation le 14 décembre à la station RER de Roissy 1 contre la discrimination et les abus sécuritaires. Mais aucun appel à la grève ne couvrait les travailleurs qui voulaient prendre part à l’action, et seulement 250 personnes y ont pris part. Pourtant, les travailleurs peuvent être mobilisés contre la discrimination raciste : il y a eu cet automne une grève combative dans la blanchisserie industrielle Modeluxe en région parisienne, pour obtenir la régularisation des collègues sans-papiers.
L’obstacle n’est pas le manque de combativité : c’est une question politique, à laquelle les bureaucrates syndicaux ne peuvent pas toucher sérieusement. La lutte pour les sans-papiers est acceptable pour les républicains bourgeois « de gauche » que courtisent les réformistes, car elle est compatible avec les déclarations sur la France « pays des droits de l’homme » et « terre d’asile ». Mais lutter contre l’oppression des travailleurs et des jeunes de banlieue, dont la plupart ont des papiers français, exige de confronter l’oppression raciale, enracinée dans le capitalisme français, contre toute une couche du prolétariat dont les parents ou les grands-parents sont venus du Maghreb et d’Afrique noire.
Les jeunes des banlieues croient à juste titre qu’ils doivent avoir les mêmes droits que les autres Français, et ils résistent aux tentatives de les faire travailler pour les salaires et conditions de travail qui sont le lot des travailleurs sans-papiers. Ces jeunes subissent de façon disproportionnée le chômage, la précarité et la discrimination à tous les niveaux. En d’autres termes, ce n’est pas seulement une question de droits démocratiques. Cela pose la nécessité d’un programme de transition : syndiquer les non-syndiqués, lutter pour des emplois décents pour tous en répartissant les emplois entre toutes les mains sans perte de salaire. Cela pose la nécessité de lutter pour renverser par la révolution socialiste le système capitaliste pourrissant. Les travailleurs ont besoin pour cela d’un parti ouvrier multiethnique d’avant-garde, un parti comme le parti bolchévique de Lénine. C’est pour cela que nous luttons.
http://www.icl-fi.org/francais/lebol/178/roissy.html
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Karl Marx avait raison - Crise économique capitaliste : les patrons font payer la note aux travailleurs (Part 2) (Mars 2009)

https://archive.is/qLGPM
Impact sur l’Europe de l’Ouest et le Japon
La crise financière a considérablement exacerbé les tensions interimpérialistes et les conflits d’intérêts dans une Union européenne (UE) de plus en plus désunie. Les différents plans de sauvetage nationaux ont intensifié la concurrence financière intra-UE. Le capital-argent spéculatif à court terme afflue dans les pays – par exemple, initialement, l’Irlande – où la politique du gouvernement rend apparemment la situation des banques et autres institutions financières plus sûre. Et ensuite il en sort quand d’autres gouvernements offrent des plans de sauvetage qui apparaissent plus attractifs.
Nous voyons aussi se creuser un fossé entre les deux pays qui constituent le noyau de l’UE et de la zone euro, l’Allemagne et la France. Le vaniteux président français Nicolas Sarkozy, dont le hasard a fait qu’il occupait la « présidence » tournante de l’UE pendant le deuxième semestre 2008, s’est présenté comme le sauveur du capitalisme mondial. Il a proposé différents plans ambitieux de régulation financière et de « relance » économique, tant au niveau de l’UE qu’au niveau international. Il va sans dire qu’en prenant ainsi ces attitudes, Sarkozy ne s’est pas rendu populaire auprès des dirigeants des Etats impérialistes non français.
En particulier, la classe dirigeante allemande, représentée par le gouvernement de coalition entre chrétiens-démocrates et sociaux-démocrates, a fait capoter sans ménagement les différents plans de Sarkozy. Pas de geld allemand, a-t-elle proclamé, pour les dépenses extravagantes et l’incurie économique de ses « partenaires » européens. Plus généralement, le pouvoir en place à Berlin a insisté qu’il appartient aux autres pays – comprendre : les Etats-Unis – de réparer leurs économies d’une manière qui profitera aussi à l’Allemagne. Comme l’explique le ministre des Finances allemand, Michael Glos : « Nous pouvons seulement espérer que les mesures prises par d’autres pays […] aideront notre économie exportatrice » (Financial Times, 1er décembre 2008). Tu peux toujours rêver, Herr Minister !
La presse financière américaine n’a pas prêté suffisamment attention au Japon, qui est un acteur important dans l’économie mondiale. Le Japon est la deuxième économie du monde. Et ce qui est encore plus important, c’est la plus grande nation créancière du monde. Bien que la Chine ait récemment supplanté le Japon comme plus gros détenteur d’obligations d’Etat américain, le Japon détient un volume bien plus élevé de la dette privée émise par les entreprises du monde entier.
En 1989-1990, une bulle immobilière et boursière a éclaté au Japon, et ceci a provoqué une décennie de stagnation, ce qu’on a appelé plus tard la « décennie perdue ». Les autorités monétaires ont ramené de fait les taux d’intérêt à zéro, afin de stimuler les investissements. En fin de compte, cette politique a marché, mais pas de la manière dont les autorités gouvernementales l’avaient voulu. L’énorme stock de capacités industrielles excédentaires et de « prêts bancaires non performants » a découragé les investissements au Japon même. Donc les financiers japonais et les investisseurs du monde entier ont emprunté de l’argent bon marché au Japon et l’ont ensuite investi dans d’autres pays, où pour une raison ou une autre la rentabilité était plus élevée. Dans la presse financière, on appelait cela le « yen carry trade » [marché du portage du yen].
Le yen carry trade est maintenant en train de se mettre à fonctionner en sens inverse. Autrement dit, les investisseurs vendent leurs actifs dans le monde entier, à des prix qui s’effondrent, afin de rembourser les prêts contractés auprès des banques et d’autres institutions japonaises. Mais c’est devenu un processus autodestructeur. Parce qu’au fur et à mesure que cet argent afflue au Japon, il pousse le yen relativement à la hausse par rapport aux monnaies de presque tous les pays dans lesquels les débiteurs ont investi. Donc cela augmente le fardeau réel des dettes qui leur restent à rembourser. Imaginez que vous essayez de vider une grande baignoire, et qu’à chaque fois que vous retirez un seau d’eau, un seau et demi reflue dans la baignoire via une canalisation souterraine. Eh bien, c’est fondamentalement la situation à laquelle sont aujourd’hui confrontés les investisseurs étrangers, et aussi japonais, qui ont profité depuis plus de dix ans du yen carry trade.
En même temps, l’appréciation du yen pousse à la hausse les prix des produits japonais sur les marchés mondiaux, à un moment où la demande globale diminue. Le cœur du capitalisme industriel japonais est touché de plein fouet. Toyota prévoit que son activité automobiles/poids lourds sera déficitaire sur l’année fiscale en cours, pour la première fois depuis 70 ans. Sony a annoncé le licenciement de 5 % des employés de sa division électronique, et la fermeture de peut-être six usines, dans le monde entier.
La crise mondiale ébranle l’économie « socialiste de marché » de la Chine
Qu’en est-il de la Chine – dont nous savons que ce n’est pas un pays capitaliste, mais un Etat ouvrier bureaucratiquement déformé ? Pendant la crise financière asiatique de 1997-1998 en Extrême-Orient, la Chine avait efficacement compensé l’impact de la crise en augmentant de façon substantielle ses investissements dans la construction d’usines et les infrastructures. Et le régime stalinien de Pékin essaie aujourd’hui de recommencer cette politique. Début novembre, il a annoncé un important plan de soutien (équivalent à 585 milliards de dollars) centré sur le développement des infrastructures – chemins de fer, routes, aéroports, ports et autres. Cependant, on a appris par la suite que le montant réel était très inférieur à celui initialement annoncé. Seul un quart des fonds sera versé par le gouvernement central ; les trois quarts restants sont censés venir des autorités locales et des banques d’Etat. Mais ces institutions ont des ressources financières beaucoup plus limitées. Stephen Green, un économiste de la Standard Chartered Bank de Shanghaï, écrit à ce propos : « Avec des revenus en baisse, il est difficile de voir comment les autorités locales, les banques et les entreprises pourront réunir les 4 000 milliards de renminbi [yuans] » (Financial Times, 15-16 novembre 2008).
Le camarade Markin et moi avons discuté l’impact de la crise mondiale sur la Chine. Et nous pensons tous les deux que cette fois-ci, contrairement à la fin des années 1990, l’économie chinoise, fondamentalement, ne va pas s’en sortir sans dommages. Pour commencer, ce n’est pas une récession économique régionale, mais mondiale. Et elle est centrée sur les Etats-Unis et l’Europe de l’Ouest. Tout indique qu’elle va être très grave, et plutôt longue. Une des conséquences est que cela augmente la probabilité d’un protectionnisme anti-chinois aux Etats-Unis et en Europe de l’Ouest.
Nous allons voir, et nous voyons en fait déjà, les aspects négatifs et la rigidité de ce que les staliniens chinois appellent une économie « socialiste de marché ». Il y a en Chine des dizaines de milliers d’usines, employant des dizaines de millions d’ouvriers, qui appartiennent à des entrepreneurs locaux, à des capitalistes chinois expatriés à Hongkong et à Taïwan et à des sociétés étrangères, et qui produisent des marchandises spécifiquement destinées aux pays capitalistes avancés, des marchandises comme des jouets, des lecteurs CD et des GPS pour automobiles. Ces usines ne peuvent pas rapidement et facilement se mettre à produire, par exemple, des appareils électroménagers pour les ouvriers et les paysans chinois. Et cela resterait vrai même si l’Armée populaire de libération envoyait ses hélicoptères au-dessus des quartiers ouvriers et des villages pour larguer des liasses de billets de banques sur la population.
De plus, le régime de Pékin a encouragé sa version locale de la bulle immobilière et d’un boom de la construction de logements. Les petits-bourgeois des villes, nombreux et de plus en plus riches – les nouveaux riches chinois – ont emprunté de l’argent pour acheter, construire et agrandir des maisons, pas seulement pour y habiter mais comme investissement financier. Ils s’attendaient à ce que le prix du marché de ces biens continue à augmenter indéfiniment. Eh bien, la bulle immobilière a maintenant éclaté. Dans un quartier chic de Pékin, les prix des appartements neufs ont chuté de 40 % entre février et octobre 2008. L’Economist de Londres (25 octobre) écrivait : « Le marché du logement réserve des chocs déplaisants aux nouvelles classes moyennes chinoises. » Bien sûr, le sort des nouveaux riches chinois ne nous inquiète pas. Ce qui, par contre, nous inquiète beaucoup, c’est l’effet de l’effondrement de la bulle de l’immobilier sur notre classe : le prolétariat. Cela a eu un effet négatif sur le secteur du bâtiment, qui emploie principalement des travailleurs migrants, des hommes originaires des campagnes.
En fin de compte, la Chine, contrairement à presque tous les pays capitalistes, n’entrera pas en récession. Mais il est probable qu’elle connaîtra une forte diminution de son taux de croissance, qui au cours des dernières décennies était autour de 10 % par an. De ce fait, il y aura une forte augmentation du nombre de chômeurs dans les villes, à la fois des ouvriers licenciés dans le secteur privé, et des paysans venus en ville pour chercher du travail mais qui n’en trouveront pas. Fin novembre, selon les chiffres officiels, dix millions de travailleurs migrants avaient été licenciés dans les villes chinoises. Et cette détresse économique produira une montée de l’agitation sociale. On a déjà assisté à des manifestations d’ouvriers d’usine licenciés en colère dans le delta de la Rivière des Perles, la principale région d’industrie légère produisant pour les marchés des pays développés. Ce que nous ne savons pas et ne pouvons pas savoir, c’est si la montée de l’agitation ouvrière déstabilisera ou non la situation politique. C’est hors de portée de nos connaissances actuelles.
La résurrection du keynésianisme
Que va-t-il probablement arriver ? Tout indique que la récession économique mondiale sera exceptionnellement grave et prolongée, et qu’elle sera particulièrement sévère aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne. Au niveau idéologique, et dans une moindre mesure au niveau politique, nous allons assister, et nous assistons déjà, à un déplacement de la droite vers la gauche du spectre politique bourgeois : des politiques fiscales basées sur une hausse des déficits publics, des nationalisations partielles des banques et autres institutions financières, des tentatives d’extension et de renforcement de la réglementation des transactions financières, et ainsi de suite.
Le camarade Robertson, avec d’autres, a fait remarquer que le monétarisme, en tant que doctrine, est complètement discrédité, et que le keynésianisme est à nouveau à la mode. J’ai lu plus de références élogieuses à John Maynard Keynes dans la presse financière anglophone ces dernières six semaines que pendant les dix dernières années. La camarade Blythe a noté un mythe libéral américain : ce serait le New Deal de Franklin Roosevelt, basé sur la doctrine de Keynes, qui aurait sorti les Etats-Unis de la grande dépression des années 1930. Non, ce qui a sorti les Etats-Unis de la dépression, c’est l’expansion des « travaux publics » pendant la Deuxième Guerre mondiale, les « travaux publics » en question étant des chars d’assaut, des avions de chasse, des porte-avions et la bombe atomique.
Nous avons écrit sur le keynésianisme dans le passé, mais malheureusement dans un passé plutôt lointain, relativement à l’histoire de notre tendance. Je recommande en particulier trois documents. Au début des années 1960, Shane Mage, un des fondateurs de notre tendance, a écrit une thèse de doctorat intitulée « La “loi de la baisse tendancielle du taux de profit” : sa place dans le système théorique de Marx et sa pertinence pour l’économie des Etats-Unis » (Columbia University, 1963). Je signale en passant que son directeur de thèse était Alexander Ehrlich, l’auteur de The Soviet Industrialization Debate 1924-28 [Le débat soviétique sur l’industrialisation, 1924-1928]. Le travail de Mage contient un chapitre qui explique la différence entre les conceptions de Marx et de Keynes sur la cause fondamentale des récessions économiques. Pendant la récession mondiale de 1974-1975, j’avais écrit un article intitulé « Marx contre Keynes » (Workers Vanguard n° 64, 14 mars 1975), qui était en partie théorique et en partie empirique. Et en 1997-1998, Workers Vanguard a publié un article en cinq parties sous le titre général « Wall Street et la guerre contre le mouvement syndical ». La troisième partie, « Le New Deal des années 1930 et le réformisme syndical » (Workers Vanguard n° 679, 28 novembre 1997) contient une analyse de Keynes, au niveau théorique, ainsi qu’une analyse empirique des Etats-Unis pendant les années 1930, de la politique réelle du New Deal et des évolutions économiques pendant la Deuxième Guerre mondiale.
Je voudrais conclure avec quelques aspects de la situation actuelle qui sont très différents des années 1930. Comme je l’ai indiqué tout à l’heure, la situation actuelle est très différente en ce que le volume énorme de la valeur nominale des dettes officiellement contractées et qui ne peuvent pas être remboursées excède de loin, par de grands multiples, les ressources financières des gouvernements capitalistes. La Grande-Bretagne et l’Italie ont déjà rencontré des difficultés pour financer l’augmentation des déficits budgétaires provoquée par leurs différents plans de sauvetage. Le Financial Times (1er décembre 2008) citait ainsi Roger Brown, un analyste financier de la banque suisse UBS, qui déclarait :
« Les gouvernements rencontrent déjà des problèmes, ce qui est de mauvais augure si tôt après les recapitalisations [des banques] et les besoins de financement supplémentaires qui ont été annoncés. « Nous devons nous demander s’il y aura suffisamment d’investisseurs pour acheter les obligations, ou à tout le moins si cela ne va pas faire grimper substantiellement les rendements pour les attirer. »
Donc tous ces plans de sauvetage peuvent au mieux éponger une petite proportion des pertes.
Le deuxième aspect est que les Etats-Unis entrent dans cette grave récession encombrés par une énorme dette, dont la plus grande partie est détenue par les gouvernements et les investisseurs d’Extrême-Orient. Et cela limite de façon assez drastique les possibilités de dépenses qui augmenteraient le déficit. Dans la première annonce qu’il a faite après son élection, Barack Obama a cherché à refroidir, et non à encourager, les espoirs que les Etats-Unis retrouveraient bientôt la « prospérité » : « Je l’ai dit auparavant, et je le répète encore une fois : nous sortir de l’ornière où nous nous trouvons ne sera ni rapide ni facile. » Ainsi parlait le nouveau chef de l’exécutif du pays capitaliste le plus puissant du monde.
Donc quelle est la solution ? C’est, comme nous le savons, à la fois simple et radical. La classe ouvrière doit arracher le contrôle des ressources productives de la société – les usines, les systèmes de transport, les centrales électriques – des mains des capitalistes, et, en mettant en place une économie planifiée, utiliser ces ressources dans l’intérêt de la classe ouvrière et de la société tout entière. Mais pour faire cela, il faut un parti politique qui représente les intérêts de la classe ouvrière contre la classe capitaliste. Aux Etats-Unis, ce parti devra aussi défendre les droits et les intérêts des minorités noire et latino-américaine opprimées, les droits des immigrés et de toutes les autres couches opprimées de la société. Pour construire ce parti, les travailleurs devront rompre, en particulier, avec le Parti démocrate – c’est-à-dire avec le parti du capitalisme américain le plus libéral, ou du moins celui qui a le discours le plus libéral. Il est aussi nécessaire de chasser la bureaucratie syndicale procapitaliste en place et de la remplacer par une direction qui se battra pour défendre les intérêts des travailleurs et, là encore, de tous les opprimés. Et c’est seulement quand ce sera fait qu’il sera possible d’appliquer un principe de base, le pouvoir aux travailleurs.
http://www.icl-fi.org/francais/lebol/187/crise.html
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Mondial de l'automobile : quel avenir pour la voiture ? (partie 2) Les plus belles hôtesses du Mondial de l'Auto 2008 LORIS A LA RUE : Mondial de l'Auto - YouTube Automobile : vers une crise mondiale du secteur ? Les Actions qui Marqueront 2020

La pandémie de COVID-19 a provoqué un choc soudain et sans précédent dans l’industrie automobile et dans l’économie mondiale en général. Malgré les défis à court terme et une visibilité limitée sur la trajectoire de la reprise du marché, les moteurs à long terme de la stratégie de croissance d’Umicore restent intacts. MAHLE is a leading international development partner and supplier to the automotive industry as well as a pioneer for the mobility of the future. Les graphiques 3 à 6 illustrent les différences relatives parmi les pays en ce qui a trait à leurs perspectives économiques, à l’importance de leurs programmes d’aide en réaction à la pandémie, à la rigueur des mesures de confinement, ainsi qu’aux rendements et aux perspectives des ventes d’automobiles. Par ailleurs, la Chine avait déjà soutenu à maintes reprises qu’elle ne négocierait pas sous la menace et l’annonce Donald Trump ne devrait pas aider à trouver un accord à court ou moyen terme. La Chine : premier marché automobile mondial sous surveillance VW, lors d'une présentation, a également revu à la baisse ses projections de chiffre d'affaires à moyen terme, de plus de 25% à 20%. L'action perd 1,54% à 180,64 euros à la Bourse de ...

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Mondial de l'automobile : quel avenir pour la voiture ? (partie 2)

Nous prendrons également le temps de parler de l'offre 0 commission sur actions lancée par eToro en 2019 qui attire un grand nombre de traders et d'investisseurs, et qui pourrait même à terme ... Les plus belles hôtesses du Mondial de l'automobile 2008 à Paris et celle de Geneve 2009 bientot à venir. Pas étonnant que ce magazine est depuis près de 20 ans l’émission référence sur l’automobile à Québec! ... la meilleure valeur à long terme ... le Mondial de l'Auto avec ... Le salon automobile de Francfort, considéré comme l'un des plus importants au monde, ouvre ses portes mardi, alors que le secteur fait face à de nombreuses difficultés, partout dans le monde ... Kassandra Bilodeau, candidate en Peinture automobile du Centre intégré de mécanique industrielle de la Chaudière, au Mondial des métiers 2015. Vous souhaitez...

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